Macias ou la repentance inversée

par Nasr-Eddine Lezzar *  Le Quotidien d'Oran  du 10 décembre 2007

 

«Nicolas Sarkozy a eu raison de ne pas s'excuser ». « Les Algériens devraient s'excuser pour pas mal de choses». Dixit Enrico Macias.

Macias suit Sarko, ils étaient ensemble sur l'estrade de la victoire il y a sept mois.

Déclarations maladroites, malheureuses, intempestives, impétueuses. Ces deux phrases assassines ont ruiné et achevé le capital ou le reliquat de sympathie que conservait ce chanteur de chez nous. Le refus des excuses ne se justifie par une absence de culpabilité de la colonisation - et soutenir cela est en soi gravissime - mais par une culpabilité réciproque de ceux qui se sont vus agressés chez eux et subi les affres de la colonisation que la loi du 23 février essaie de redéfinir d'une façon impudique.

Coupables d'avoir résisté, d'avoir lutté pour la liberté et la dignité. La résistance est aussi coupable que l'agression sinon plus.En tout état de cause, les résistances épousent les couleurs des guerres qui leur font face. Une guerre propre - si ça existe - engendre une résistance propre et la sale guerre provoque une sale résistance guerre. Macias aurait été sans doute mieux inspiré d'appeler à un pardon réciproque, s'il en fut, et chanter entre l'Algérie et la France « le grand pardon » qu'il loua pour Juifs et Palestiniens.

Vision sectaire et discriminatoire d'appeler au pardon pour certains et le rejeter pour d'autres. Un artiste est universaliste avant tout. Macias souhaite pour les siens, les Juifs d'Israël, ce qu'il rejette aussi pour les siens, les Algériens, son pays de naissance car il soutient à qui veut l'entendre que l'Algérie est son pays, le pays où il a grandi, la terre de son enfance, où il a commencé ses plus belles chansons.

Entre son pays d'origine et son pays de naissance, Macias accorde un inégal traitement. Il n'a pas la grandeur d'âme des enfants adoptifs qui maintiennent un amour indéfectible pour leurs deux familles, celle du sang et celle de l'adoption.

Lamentable et puéril dérapage d'un chanteur admirable, mais coupable d'incursion maladroite sur le terrain de l'histoire et de la politique.

Le chanteur humaniste a vécu. Il y a lieu de disséquer la question du pardon version Sarkozy qui s'avère un Le Pen light. Un coupable peut reconnaître les faits mais contester leur caractère injuste et criminel et ainsi les justifie et refuse la repentance. Position qui, à y voir de plus près, pourrait s'avérer correcte.

Sarkozy reconnaît le caractère injuste de la colonisation, mais refuse de demander pardon, les excuses. Macias, chantre de son maître, pousse plus loin, reconnaît le bien-fondé du refus de demander pardon et avance que les Algériens aussi devraient s'excuser (de quoi et pourquoi ?). Le refus de demander des excuses ne s'explique que par le mépris des victimes, la non-reconnaissance de leur douleur, la dénégation de leur droit à la dignité.

La colonisation a été injuste mais je ne présente pas d'excuses, parce que l'injustice de la colonisation est normale. Les colonisés n'ont même pas droit à la reconnaissance de leur martyr.

Lorsqu'on ne s'excuse pas d'une injustice c'est qu'on la considère méritée. On devrait disserter sur cette position machiavélique pendant longtemps. Revenons à Macias : il y a peut-être lieu de s'interroger si Macias a saisi la portée des propos sarkoziens pour les soutenir de cette façon, nous nous posons la question parce que nous le savions ou nous le croyions (Macias) obstinément suave.

On ne peut prétendre aimer un pays et mépriser son peuple, lui refuser le réconfort d'un pardon et exiger qu'il s'excuse d'avoir défendu sa dignité. Vous aviez déclaré un jour que le Président Bouteflika vous a invité, mais que les fous vous ont barré la route. Vous venez de couper cette route que « les fous » avaient simplement « barrée ». Qui est plus fou que l'autre ? Vous aviez aussi déclaré que vous alliez revenir chez le peuple algérien directement, sans intermédiaire et voilà que vous mettez une barrière entre les deux.

Vous ne pouvez pas imaginer M. Macias l'accueil qui vous aurait été réservé, si vous étiez venu seul chanter Constantine à Constantine. On ne peut souhaiter revenir chez un peuple qui est le sien, et mépriser ses douleurs, ses valeurs et ses martyrs.

- Je me suis demandé plusieurs fois pourquoi le retour de Macias a toujours été si problématique ? Parce que Juif, parce que pied-noir ou parce que les deux?

Des pieds-noirs sont revenus et ont eu des retrouvailles émouvantes ! Benjamin Stora, Juif et pied-noir bien de chez nous, effectue des allées et venues entre la France et l'Algérie. Il est accueilli avec tous les honneurs dus à ses travaux.

Le retour de Macias dans sa ville natale sur invitation de Bouteflika ou accompagnant Sarkozy, a fait l'objet d'une instrumentalisation et d'une manipulation politiciennes. Ce voyage, que beaucoup d'Algériens vous ont souhaité, a été à la fois compromis et souillé par la politique; et vous avez malheureusement accompagné les manipulateurs en y ajoutant de la démesure. Pour revenir, vous n'aviez besoin ni de Bouteflika ni de Sarko. Il aurait suffi de demeurer un enfant de Constantine, l'enfant d'un pays déchiré par une guerre qu'il n'a pas choisie.

- Contrairement à vous, nous sommes capables de discernement éclairé et capables de nuances M. Macias. Pour nous, le peuple français comprend d'abord les porteurs de valises et l'OAS (et l'ordre est délibéré). L'armée française enregistre des grands noms, de Labollardière, Saint-Arnaud et d'autres inconnus, glorieux bidasses et appelés du contingent, honorables soldats qui ont dénoncé et quitté l'armée française pour l'honneur de la France, ainsi que d'autres malheureux chefs de guerre moins honorables parce que tortionnaires, assassins et lâches. Le respect des honneurs de la guerre, des femmes et des enfants, de l'homme désarmé fait la différence (lire sur ce point l'excellent livre de Florence Beaugé « Algérie une guerre sans gloire»).

Il m'est arrivé de m'interroger s'il était louable et opportun que Bigeard vienne se recueillir devant la tombe de Ben M'hidi et je me suis dit, pourquoi pas. La repentance est grande, il faut exorciser l'histoire. Avec l'évolution récente de la position officielle française, d'aucuns continueront peut-être à parler du pardon et lequel ? L'Algérie peut-elle pardonner lorsque la France refuse de s'excuser ?

Devant cette position française qui n'a pas d'excuses à présenter, l'Algérie n'a plus de pardon à accorder. On n'offre pas quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas ? Macias inverse les obligations de repentance, les Algériens s'excuseront auprès des Français, les Irakiens demanderont pardon aux Etats-Unis, les Palestiniens à Israël et les Juifs à Hitler. Vous mesurez peut-être l'ignominie que peut atteindre votre déclaration et vos malheureux propos. Nous sommes toujours capables de nuances et enclins au pardon ! A votre décharge, nous mettons vos propos intempestifs et maladroits sur le compte d'une réaction passionnelle et la frustration d'un voyage tant attendu. Pour Macias et Sarkozy. Les Algériens sont lucides, ils font la part des choses entre les paroles et les actes. Refuser des excuses aux Algériens en Algérie, et les présenter le lendemain aux harkis a un sens. Un respect inégal des tragédies. Nous sommes aussi capable de nuances, cette catégorie est divisée, les traîtres et les assassins, ceux qui ont fait des choix et ceux qui n'ont pas choisi, ceux qui ont rejoint les rangs de l'ennemi et délibérément tiré sur leurs frères et ceux passés à l'autre bord, coupables seulement d'un déficit en capacité de résistance et d'un manque de courage. A ces derniers, et à ces derniers seulement, le pardon est possible. Le discours démagogique de Sarkozy à l'auditorium de l'université Mentouri et le bain de foule, ne doivent pas faire illusion. On ne peut y voir que la capacité et la compétence des services, dans la fabrication des liesses et des présidents. L'histoire et la mémoire reconnaîtront les leurs.



 


*Avocat


 

 

 

Un homme de paix:, une étrange paix:  http://www.dailymotion.com/relevance/search/enricos+macias/video/x17p1p_pro-sarko-en-action-enrico-macias_news

Hommage à la kabylie "Chantons Tsahal à ça ira" !: http://www.dailymotion.com/relevance/search/enricos+macias/video/x2outa_enrico-macias-hommage-aux-kabyles_music

Sur Celine: http://www.dailymotion.com/relevance/search/enricos+macias+kabylie+kabyles/video/x35sba_enrico-macias-le-chant-de-la-memoir_creation

Délire victimaire/ http://www.dailymotion.com/relevance/search/enricos+macias/video/x1t3su_enrico-nous-israel-avec-sarko_news

Un crétin en forme: http://www.dailymotion.com/relevance/search/enricos+macias/video/x17rap_enrico-macias-rejoint-nicolas-sarko_politics

 

Le Club : Comment est née cette idée. pourquoi un livre ?

http://www.clublepoint.com/static/actu/rencontres/macias.htm

Enrico MACIAS : Depuis que j'avais quitté l'Algérie en 61-62, je m'étais habitué à l'idée que nous ne pouvions plus y retourner, surtout dans les conditions dans lesquelles nous étions partis. J'avais donc reconstruit de nouvelles racines en France, même si mes vraies racines étaient toujours là-bas, restées en moi intactes et vivantes par ma musique. J'étais tout le temps présent en Algérie, malgré la coupure physique, par la nourriture, par mes chansons, par la culture de ce pays qui continuait de vivre en moi. Je m'étais donc fait peu à peu à cet exil, quoique exil. privilégié parce que j'étais quand même français ! Je le vivais comme une atteinte à ma liberté personnelle. Mais je n'aurais jamais écrit ce livre sans un événement : en 2000, le Président Bouteflika m'a invité officiellement. Moi qui était le symbole de l'exil j'allais avoir l'occasion de devenir le symbole de le réconciliation nationale de tous les enfants d'Algérie y compris des harkis. ! C'était trop beau. Premier bémol, j'entends dire que les harkis ne sont pas des enfants d'Algérie. Je commence alors à poser des questions, qui retardent un peu l'échéance. 2ème bémol, je n'ai pas le droit de me recueillir sur la tombe Matoub Lounès ; je ne venais pas bien sûr comme enquêteur, je ne venais pas pour régler des comptes, mais il était impensable qu'un retour en Algérie soit accompagné de censure. Enfin quand ils se sont finalement inclinés devant mes volontés, il y a eu un troisième bémol ou plutôt une véritable catastrophe : les opposants au régime de Bouteflika, les islamistes intégristes se sont opposés d'une façon violente à ma venue à Constantine dans ma ville natale. Ils ont fait appel à l'ex-président de l'Assemblée Nationale d'Algérie, Abdel Aziz Ben Kader - un islamiste convaincu à la solde de l'Iran -. Il a déclenché une attaque ouverte contre ma venue, et la volonté du Président Bouteflika de me faire venir qui était très sincère, a reculé pour me protéger. Il a eu la décence de me dire que s'il m'invitait, ce n'était pas pour revenir dans mon pays natal avec des tanks ! Qu'il cède pour des raisons politiques intérieures aux islamistes m'a semblée raisonnable. Mais quand il a nommé, juste après, Abdel Aziz Ben Kader, ministre des affaires étrangères, j'ai trouvé que c'était inacceptable et j'ai reçu cela comme une insulte faite à mon pays. 99% du peuple algérien était d'accord pour que je vienne et ils ont été lésés à cause d'une minorité infime anti-sémite, raciste qui a fait l'amalgame avec Israël. J'estime que les grandes victimes de cette affaire sont le peuple algérien ; on leur a volé une chance historique de réconciliation et d'amélioration de la situation en Algérie. Tout le monde n'a pas fini son deuil avec les violences actuelles et de toute façon, je suis ravi de ne pas avoir fait la fête dans ces conditions là. Vous avez pu voir ce qui s'est passé après. avec le public qui m'adore le plus en Algérie : les Kabyles. Eux-mêmes sont dans une situation difficile, alors j'attends que la situation s'aplanisse, je ne ferme pas la porte sur l'avenir, j'espère que le peuple algérien, les kabyles et moi nous retrouverons.


Le Club : Comment voyez-vous l'avenir de l'Algérie, y a-t-il une solution ?

E. M. : L'avenir de l'Algérie appartient à l'Algérie elle-même, personne n'a le droit de donner des conseils ni de s'immiscer. Il y a un droit, c'est le droit de la liberté du peuple de disposer de lui-même et ça, c'est pas moi qui l'ai inventé, c'est De Gaulle, et c'était à l'époque à leur avantage
, j'espère qu'ils vont se souvenir de cette formule pour régler leur problème intérieur ! Il y a eu des martyrs, des vrais comme Lounès, le président Boudiaf. Je ne suis pas un martyr, je voulais simplement être le symbole de la paix et de la réconciliation ! Et ça, je suis prêt à le payer au prix de ma vie. Je ne ferme pas la porte de l'avenir mais il faut pour ça que tout le monde là-bas finisse son deuil.


Le Club : Que pensez-vous de la situation actuelle internationale, pensez-vous qu'il soit au bout du compte possible de tirer un bien de la crise actuelle ?

E. M. : Il ne s'agit pas d'une crise mais d'une troisième guerre peut-être aussi importante que les deux premières guerres mondiales. Je crois que l'histoire se répète et parfois on oublie d'en tirer des leçons, la situation est grave mais je suis un éternel optimiste. Je pense que l'humanité a un instinct de conservation tel que malgré les tragédies auxquelles nous avons pu assister et les épreuves que nous allons encore certainement subir malheureusement, je crois à son pouvoir de se réveiller et de trouver la bonne direction pour défendre les vraies valeurs. Les gens qui se réclament de Dieu et détruisent en son nom sont fous. On ne peut construire le monde sur la destruction, c'est pourquoi je pense qu'au bout du compte c'est le positif qui l'emportera.


Le Club : Pensez-vous qu'il soit bon de remuer le couteau dans la plaie et que les confessions du Général Aussarresses dans son livre Services spéciaux Algérie sur la vérité de la torture en Algérie soit une bonne chose ?

E. M. : Je n'ai pas à juger ni ce livre ni ce Général ni l'histoire de la guerre d'Algérie, mais en tant que témoin de mon temps je suis d'accord pour rétablir la vérité historique et contre toute falsification de la mémoire ou de l'histoire. Pour mieux comprendre les problèmes du présent et mieux corriger l'avenir, il faut bien connaître le passé et le respecter. C'est d'autant plus vrai puisqu'en ce moment on parle de religion qui est dévoyée par des violences et des crimes atroces au nom de Dieu. Ma religion à moi, c'est le respect de la mémoire et donc de ce qu'est vraiment la vérité de cette religion, tout doit être dit, tout doit être révélé même si ça doit faire mal au ventre à certains, de quelque côté qu'on se place.