Naît au début du XXe siècle au cœur de la casbah d'Alger et constituant le versant rugueux de la musique savante issue de la grande culture arabo-andalouse médiévale, le Chaâbi - en arabe: populaire - mêle les instruments orientaux du classique arabo-andalou à d’autres venus du classique occidental. On y trouve le El oud (le luth), la derbouka (percussions) , Etar (le tambourin), mais aussi le mandole (sorte de grosse mandoline aux sonorités de guitare, munie de quatre cordes doubles en métal), le violon, le banjo et le piano.
 
Le Chaâbi désigne plusieurs genres musicaux mais cette page s'intéressera au Chaâbi algérois à textes ou Chaâbi Melhoun, qui a la faveur des puristes, et au Chaâbi moderne ou asri à l'orchestration  plus moderne et aux rythmes plus enlevés.

C'est dans les fins fonds des venelles de la Casbah, vieille cité d'Alger que la vie artistique algéroise a pris son véritable essor.
En ce début de siècle, les artistes n'étaient pas légion, mais paradoxalement ils ne manquaient ni d'imagination, ni de créativité.
Du théâtre à la musique, en passant par la littérature, les algériens encore  sous occupation coloniale, prenaient conscience de la nécessité d'une vie culturelle.
 

Dans le domaine musical, deux grands genres se taillaient la parts du lion.
La çannaa qu'on appelle aujourd'hui musique classique ou andalouse, et le Moghrabi
Ce dernier puisait surtout dans le patrimoine populaire  et des textes essentiellement marocains.
Après la disparition de son maitre CHEIKH NADOR, LAHLOU MOHAND IDIR  plus connu sous le nom d'EL HADJ M'HAMED EL ANKA, de part son génie créateur, lui a donné  ses lettres de noblesse et
c'est avec lui que le CHAÂBI MELHOUN connut son envol.

Après la vague d’immigration des Maghrébins, venus en France pour trouver du travail, le Chaâbi gagne Paris via Marseille. Il se chante et se joue dans les bistrots des banlieues industrielles. Dahmane El Harrachi (1925-1980) est le ténor incontesté des années cinquante quand le Chaâbi s’adresse en priorité aux Algériens loin de chez eux. Dahmane El Harrachi chante l’exil intérieur et l’exil extérieur, les difficultés de la vie quotidienne loin de la mère patrie, les tourments de l’amour, la nostalgie du bled.      Les chants du Chaâbi, portés par l’idiome algérois ou berbère, se nourrissent de poésie ancienne mais aussi de textes originaux fiévreusement actuels. Avec, toujours en toile de fond, l’écho du patrimoine, la plainte ancestrale, le pays qui vous manque. A ce titre beaucoup voit dans le Chaâbi l'équivalent du blues américain.